Sans que vous le sachiez il existe un monde parallèle à la terre. Il est son exact opposé, sans guerre, ni crime... Pourtant cette utopie n'est préservée que par l'intervention de certaines personnes aux pouvoirs magiques. Devenez l'un d'eux !
 
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 [Roman] ¤ Emeraudia, Monde Miroir ¤

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Tampopo Yamazaki
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MessageSujet: [Roman] ¤ Emeraudia, Monde Miroir ¤   Jeu 16 Aoû - 20:06




Aux lecteurs


    AVERTISSEMENT
    Vous trouverez ci-dessous mon premier roman. Du fait que ce soit le premier, il est loin d'être parfait, d'autant qu'il obéit à des contraintes diverses d'univers et de personnages puisque j'ai créé les forums RPG Ethereal et Emeraudia bien avant d'en commencer l'écriture. Le roman est divisé en trois parties distinctes.
  • Partie 1 postée le 16/08/2012.

    CREDITS
    Les personnages et l'univers de ce roman appartiennent dans leur intégralité à Yusura Dreams. Toute copie intégrale ou partielle est interdite sans l'autorisation de son auteur. Vous pouvez retrouver l'univers du roman à cette adresse.

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Tampopo Yamazaki
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MessageSujet: Re: [Roman] ¤ Emeraudia, Monde Miroir ¤   Jeu 16 Aoû - 22:08




Prologue

    Un monde parfait, un monde idéal… N’importe quel Terrien en ce millénaire de haine vous dira que ça n’existe pas. Pourtant, un simple voile sépare la Terre d’Emeraudia, son double, sa dimension jumelle. Au commencement de l’univers, il y eut le Bing Bang et la nature faisant bien les choses, elle créa la Terre et sa jumelle de façon à ce que chacune compense l’autre. Tout ce que subit l’une des deux dimensions se répercute sur sa jumelle par un effet de miroir. Au cours des siècles, la Terre devint de plus en plus dévastée, les hommes n’acceptaient pas la magie, refusant l’existence des démons et des anges qui, en réaction, se firent plusieurs guerres dont les humains n’eurent jamais connaissance. L’Homme pollua la planète, installa ses usines… et pendant ce temps, plus la Terre criait sa douleur, plus Emeraudia s’épanouissait. La jumelle de la Terre était un monde sans guerre, un monde où la nature occupait la plus grande partie des terres. Les hommes, les démons et les anges vivaient en bonne intelligence… Et pourtant, dans ce monde idyllique, il fallait sans cesse que les dirigeants des sept pays d’Emeraudia veillent à protéger la population de l’influence néfaste de la Terre. Pour cela, ils engagèrent des agents de toutes les races et de toutes les origines pour les aider en surveillant les passages dimensionnels et en éliminant les quelques terriens malveillants qui pourraient être un danger. Au milieu de cet engrenage bien huilé, il arrivait pourtant de temps en temps qu’un grain de sable vienne enrayer la machine… c’est l’histoire d’un de ces grains de sable que je veux vous raconter. Voyez ce que la paix absolue entraîne comme sacrifice, voyez la souffrance qu’on peut y trouver…

Écoutez mon histoire.

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MessageSujet: Re: [Roman] ¤ Emeraudia, Monde Miroir ¤   Jeu 16 Aoû - 22:08

Partie 1
La Tour Bleue


« Egoïsme de prétendre vivre pour les autres :
Nul n'a besoin que l'on vive pour lui. »
Jacques Attali.





La Fuite


    Même dans un monde parfait, un monde sans guerre, il arrivait que la fuite soit la seule option. Orpheline de naissance, Myrielle avait été obligée de partir de sa maison d’accueil. Ce n’était pas de gaieté de cœur qu’elle avait pris cette décision. Elle était très heureuse avec ses parents d’adoption, mais elle n’était pas comme eux. Elle n’était pas humaine. C’est pourquoi, en plein mois de novembre, elle décida de fuir ce foyer chaleureux. Elle avait eu sa majorité en juillet dernier et, depuis, elle suivait des cours en science magique à l’université. Jusqu’à ce jour, elle pensait pouvoir s’adapter mais un accident lui avait fait prendre conscience que jamais elle n’y parviendrait si elle n’apprenait pas à se maîtriser.

    Pour comprendre Myrielle, il faut remonter plusieurs années en arrière, 17 ans exactement. Alors qu’elle n’avait que un an, elle avait été déposée dans un orphelinat. Emeraudia était une dimension où la guerre n’existait pas, mais cela n’empêchait pas les meurtres ou la violence gratuite… pas toujours. Ses parents, des démons, avaient été tués par un ange belliqueux. Ce dernier n’avait jamais été retrouvé mais il avait épargné la fille du couple de démon. La race de Myrielle était pacifique et humanoïde, ils pouvaient tout à fait se fondre dans la masse des humains si ce n’est qu’ils ont pour particularité d’avoir les yeux et les cheveux rouge sang. Adorable et gentille, l’orphelinat n’eut aucun mal à la faire adopter par un couple d’humain de la capitale. Le couple Symphonie n’avait jamais réussi à avoir d’enfant malgré de nombreux essais et les progrès de la science. Ils donnaient tout leur amour à la petite démone et ils formaient une famille unie.

    Jusqu’à ce jour. Tout avait commencé parfaitement normalement, elle s’était rendue en cours et avait trouvé le sujet passionnant. Un garçon s’était moqué de sa couleur de cheveux et elle avait laissé courir… Puis, c’était là que tout avait basculé. Le jeune homme avait insisté et lui avait tiré les cheveux si fort qu’il en avait arrachés quelques-uns uns. Il lui avait vraiment fait mal, elle avait poussé un petit cri de douleur et au même moment les cheveux roux encore entre les doigts de son camarade s’étaient enflammés. Cela aurait pu s’arrêter mais là, mais lui, il n’était pas d’accord. Il avait voulu lui donner un coup de poing, instinctivement, elle avait esquivé mais lorsque au second essai il parvint à la toucher, le corps entier de Myrielle se mit à émettre une forte chaleur qui embrasa le garçon dès qu’il la toucha. La plupart des professeurs possédaient des contrôleurs de pouvoir, ils accoururent et en passèrent un au poignet de la jeune fille qui tomba évanouit.

    A son réveil, une seule conclusion s’imposait à elle : elle était dangereuse. Elle n’avait pas voulu de mal à ce garçon, il l’avait énervé, il lui avait fait mal, mais elle n’avait jamais voulu lui causer ces brûlures. Mais elle était un démon élevé par des humains, elle ne savait pas gérer son pouvoir, jusque là, elle avait même pensé innocemment qu’elle n’en avait aucun ! Alors, elle était rentrée chez elle, avait fait son sac et s’était mis à fuir. Il n’y avait qu’un seul endroit où on pourrait l’aider. L’accident d’aujourd’hui aurait pu arriver en présence de ses parents adoptifs, qu’auraient-ils pensé alors de leur monstrueuse fille ? Peut-être qu’ils ne voudraient plus d’elle… Myrielle ne pouvait pas laisser une telle chose arriver.

    Enfin elle y était… « - Mademoiselle ? Vous cherchez quelque chose ? » Lui demanda un jeune homme au teint basané. Hum, jeune, c’était vite dit finalement. C’est du moins ce que pensa Myrielle du haut de ses 18 ans tout juste. L’homme en face d’elle avait l’air d’avoir entre 25 et 30 ans mais son regard était sans âge. « - Je… Je veux voir Khardan Orwany » Elle bégayait légèrement, elle avait peur. Elle était en face de cette imposante tour et elle attendait qu’on veuille bien lui ouvrir… Khardan Orwany était le recruteur des agents de la Tour, il gérait aussi les rapports entre les différentes races. Myrielle voulait en savoir plus sur ses pouvoirs, elle voulait apprendre à s’en servir pour que l’accident d’aujourd’hui reste du domaine de l’anecdotique. Elle savait qu’il y avait peu de chance pour qu’on la laisse voir Khardan comme ça, à la première tentative, mais on la laisserait au moins entrer, non ? Il y avait des logements pour les sans abris dans la grande Tour Bleue, centre névralgique de la ville et du pays tout entier. Tant qu’à être dans la place, autant faire un premier essai.

    L’homme à ses côtés lui fit signe d’entrer à l’intérieur de la Tour avec lui. Ils débouchèrent sur un grand hall vitré éclairé par des lampes à la lumière bleutée. Myrielle regardait autour d’elle d’un air émerveillé. Elle en aurait presque oubliée la raison de sa venue si l’homme à ses côtés n’avait pas interrompu ses rêveries d’une voix forte. « - Et que lui voulez-vous à monsieur Orwany, mademoiselle… ? » Myrielle reprit conscience de l’endroit où elle se trouvait. Elle devait vraiment avoir l’air d’une touriste. « Symphonie. Myrielle Symphonie. Je veux voir Khardan Orwany pour… pour me faire engager. » L’homme fit signe à une femme à l’accueil de s’approcher. « Mademoiselle, veuillez accompagner cette jeune fille à une chambre. Je la verrais demain. » Myrielle voulut protester mais il la stoppa aussitôt. « Je vous attends demain à 10h à mon bureau. Il est l’avant dernier étage de la Tour. Bonne nuit mademoiselle Symphonie. » Et c’est là qu’elle réalisa – mieux vaut tard que jamais – que l’homme qui l’accompagnait depuis quelques minutes était celui qu’elle était venue chercher en ces lieux. La chance tournait… en sa faveur cette fois. On lui donna une chambre dans laquelle elle s’installa rapidement avant de téléphoner à ses parents. Elle ne leur dit pas où elle se trouvait mais elle les rassura. Elle reviendrait bientôt. C’était une promesse.

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MessageSujet: Re: [Roman] ¤ Emeraudia, Monde Miroir ¤   Jeu 16 Aoû - 22:08




Engagements


    La nuit passa rapidement. A peine Myrielle avait-elle posée la tête sur l’oreiller qu’elle s’endormit d’un sommeil sans rêve. Une assistante vint la réveiller une heure avant son rendez-vous avec Khardan et il ne manqua qu’un peu plus d’articulation pour que Myrielle demande à cette jeune femme de la laisser dormir plus longtemps, ponctuant le tout d’un « maman » déplacé. Il lui fallut quelques minutes pour se souvenir de sa fugue et des raisons qui l’y avaient poussé. Lorsqu’elle se coiffa devant un miroir de petite taille, elle passa distraitement la main dans ses cheveux rouges. Elle n’avait jamais voulu les teindre, elle aimait leur couleur… Ses parents avaient toujours insisté pour qu’elle garde son individualité, qu’elle assume sa différence. Ils l’avaient même emmené en voyage touristique sur les terres de son peuple d’origine un jour pour lui prouver qu’elle était normale. Elle l’était, mais elle avait été négligente. Vivre au milieu des humains ne serait pas possible tant qu’elle ne maîtrisait pas les pouvoirs latents qu’elle semblait posséder.

    À l’heure dite, elle se rendit à l’avant dernier étage de la haute tour pour ensuite frapper à la porte d’un bureau spacieux mais encombré de dossiers. Khardan était derrière une des piles, tapotant sur son ordinateur d’un air distrait. Quand la jeune fille entra, il ne leva même pas les yeux. Il n’était pas quelqu’un de froid, mais il aimait passer pour un homme imperturbable. C’était en quelque sorte le métier qui voulait ça. Il était aussi particulièrement réservé et d’une politesse exacerbée. Souvent, son patron, le dirigeant du pays, se vexait de se faire appeler par son rang après tant d’années de collaboration. Il salua Myrielle de la voix « Bonjour mademoiselle Symphonie, asseyez-vous. » Et une fois qu’elle fut installée, il posa enfin son regard inexpressif sur elle.

    « Bien, je suis donc Khardan Orwany. D’après ce que vous disiez hier, vous souhaitiez me voir ? » Il croisa les mains sur le bureau et, une nouvelle fois, Myrielle se demanda quel âge il pouvait bien avoir. Il n’avait aucune ride mais aussi loin qu’elle s’en souvienne, il était à ce poste, sous les ordres de Quartz, le dirigeant de leur pays. Elle commença à se poser de multiples questions mais ce n’était pas le moment de rêvasser ! Elle se reprit, quittant les mains de Khardan des yeux et tentant de le regarder… Avant de se souvenir qu’il lui avait posé une question et, qu’éventuellement, ce serait bien qu’elle y réponde ! « Heu… oui… Je… » Et voilà, elle recommençait à hésiter. Mais il faut la comprendre, elle était impressionnée. Ce n’était pas rien, quand on a 18 ans, de se retrouver en face du second homme le plus puissant de Gnomê, le seul pays que vous connaissiez vraiment. « J’aimerais apprendre à contrôler mes pouvoirs. » C’était dit ! Enfin ! Khardan fit un sourire doux à la jeune fille, elle avait l’air de savoir ce qu’elle voulait, c’était un comportement qui lui plaisait. Il sortit un dossier et l’ouvrit, il commença ensuite à le remplir comme si Myrielle n’était pas là. Cette situation dura plusieurs minutes avant que la rouquine ne cède à la tentation de parler. « Qu… Qu’est-ce que vous faites ? » Le regard sombre du chef des armés se posa sur elle et il eut un petit sourire. « Je remplis un dossier d’admission au nom de Myrielle Symphonie. Je vous accorde une place au sein de l’Agence mademoiselle. » Et il continua son travail quelques instants avant de faire signer la démone et de demander par interphone à un agent de venir. « On va vous conduire et tout vous expliquer. Bienvenue chez nous mademoiselle Symphonie. » Myrielle rougit et répondit si doucement qu’on ne l’entendit pas. Elle voulut ajouter quelque chose mais la porte s’ouvrit pour laisser entrer un jeune homme qui devait avoir à peu près l’âge de Myrielle. Elle se leva si brusquement qu’elle fit tomber sa chaise mais aucun des deux hommes ne semblèrent y porter une quelconque attention.

    « Mathieu, je te présente Myrielle. Elle sera ton nouveau binôme. » Le prénommé Mathieu était trapu, musclé et d’un visage assez jovial. Notre démone ne le trouva pas particulièrement beau au premier abord mais elle remarqua qu’il avait des yeux bleus magnifiques et un sourire amical. Tout en lui semblait dégager une profonde aura de sympathie. Myrielle y fut immédiatement sensible, la présence de ce garçon était rassurante à côté de celle de Khardan qui l’intimidait. Mathieu se présenta comme étant un agent de grade moyen à la Tour, il lui dit qu’il avait 22 ans et qu’il allait tout lui expliquer sur le fonctionnement de l’endroit et sur ses futurs fonctions. Myrielle commença à paniquer. On allait lui demander de faire des choses dont elle ignorait la nature avant même de répondre à ses attentes et de lui expliquer comment ses pouvoirs fonctionnaient… Cela n’allait pas du tout ! Ce n’était pas ce qu’elle avait imaginé ! Heureusement, avant que sa panique n’éclate au grand jour, Khardan posa une main sur son épaule et lui fit un léger sourire. « Ne vous inquiétez pas, je n’oublie pas ce pourquoi vous êtes venue. » Myrielle ne savait pas si elle devait le croire mais, étrangement, elle avait confiance en lui. Après quelques politesses d’usages, Mathieu lui demanda de le suivre et elle obtempéra. Elle était une personne ouverte et amicale mais elle laissa Mathieu monologuer presque tout le long de la visite, écoutant attentivement tout ce qu’on voulait bien lui apprendre.

    « Tu le sais déjà sans doute –et je t’en prie, pas de vouvoiement entre nous – mais il arrive parfois que des passages dimensionnels s’ouvrent sans qu’on sache pourquoi. Souvent, des terriens tombent dessus et arrivent ici. La plupart du temps, ils sont amicaux et seulement un peu perdu, alors on leur explique qu’ici c’est un monde meilleur et on les intègre à notre société. Seulement, parfois, ce sont des démons qui passent le portail et les démons de la Terre ne sont pas comme ceux de chez nous, la plupart sont belliqueux et dangereux, alors nous avons pour mission de les exterminer. » Jusque là, Myrielle savait à peu près tout ce qu’il venait de lui dire, il lui était parfois arrivé de rencontrer des ressortissants terriens. La plupart racontaient que dans l’histoire de la Terre, il y avait de nombreuses guerres, dont certaines avaient provoqué la disparition de millions de personnes. Cela avait beaucoup choqué Myrielle qui, en pure Emeraudienne, trouvait ce genre de conflit aberrant. Emeraudia n’était pas exempte de violence mais jamais les Inyas ne se faisaient la guerre, au contraire, les sept pays de ce monde travaillaient la main dans la main à l’équilibre mondial. Elle ne fit cependant pas part à son nouveau camarade de sa répulsion pour la Terre et continua sagement d’écouter. « La Tour comporte une centaine d’étage et trois sous-sols. Les sous-sols servent aux scientifiques et à l’infirmerie, au rez-de-chaussée c’est l’administration générale, aux premiers étages tu as la mairie de la ville et quelques autres services administratifs, du vingt cinquième au trente cinquième ce sont les bureaux pour les agents moyens et novices, pour nous quoi, ensuite ce sont pour les gradés. Plus tu es haut, plus tu as de pouvoir. Les bureaux s’arrêtent au quatre-vingtième étage, ensuite ce sont les appartements de fonction pour les agents sans domicile et les deux derniers étages comportent les appartements et les bureaux de l’Inya et ceux de Khardan. »

    Ils en revenaient justement mais Myrielle ne put s’empêcher cette fois de poser une question. « Je vais vivre dans un appartement de fonction c’est ça ? » Mathieu fit signe que oui, d’ailleurs, leur visite prenant fin, il la guida jusqu’à l’ascenseur puis jusqu’à un des appartements, le 28, dont il ouvrit la porte avant de la laisser passer. « Tu vas vivre ici, ta chambre est par-là… » Il désigna une porte sur la droite du salon qui donnait lui-même sur l’entrée « La salle de bain est à côté de ma chambre qui est ici. » Il désigna la porte qui faisait face à celle de la future chambre de Myrielle. Les lèvres de la rouquine formèrent un « oh » de surprise… Celle-ci, elle ne s’y attendait pas. Voyant sa surprise, Mathieu lui expliqua « Tu n’es pas encore majeur juridiquement, on t’a donc placé sous ma responsabilité. Je serais ton professeur et ton camarade de tous les instants. A ce propos, je dois aller remplir des formulaires, tu peux manger, il y a de quoi dans le frigo. » Il allait partir, mais Myrielle retint par la manche. Il lui fit un immense sourire bienveillant. « Qu’est ce qu’il y a ? Tu as peur de vivre avec un homme ? » Elle réalisa qu’elle n’avait même pas pensé à ça. « Non… enfin je veux dire si, mais non. Je… Je voulais savoir, c’est quoi ton pouvoir ? » Parce qu’elle savait que tous les agents ont un pouvoir puissant ou non. Mathieu sourit et tendit son bras libre sur une carafe d’eau posé sur la table basse. L’eau se mit à sortir de la carafe et à former un jet qu’il fit venir jusque dans sa main. Myrielle regarda ce phénomène avec de grands yeux éblouis ce qui flatta sensiblement l’ego de son nouveau maître. A la Tour, ce genre de pouvoir était légion, il ne pouvait pas souvent s’en vanter… Comme il avait du travail, il fit cesser son spectacle et ébouriffa les cheveux de la jolie rousse. « Tu maîtrise le feu, moi c’est l’eau. On va bien s’entendre tous les deux. » Et sans rien dire de plus, il sortit. De toute façon, il allait vite revenir… Cela laissait tout juste le temps à Myrielle de se remettre de ses émotions et de ses découvertes.

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MessageSujet: Re: [Roman] ¤ Emeraudia, Monde Miroir ¤   Jeu 16 Aoû - 22:09





    Il ne fallut pas bien longtemps à la jolie rousse pour se remettre de tout ce qu'elle venait de découvrir. Une fois son estomac rempli, elle observa d'un air morne les aiguilles de la pendule tourner et tourner encore... jusqu'à ce qu'elle n'ait plus qu'une seule envie : bouger. Elle commença par faire le tour de l'appartement, observa chaque recoin de ce qui serait sa chambre, envisagea une nouvelle déco puis, l'ennui la reprit. Elle retourna sur le canapé et reprit l'observation de la pendule. En trente-trois secondes montre en main, elle prit une décision. Il était temps pour elle d'aller se balader dans la Tour sans chaperon. Bien qu’élève modèle, elle avait toujours été très énergique et la nervosité la rendait incapable de rester bien sagement ici à attendre le retour de Mathieu. De toute façon, elle était grande et il ne pouvait rien lui arriver au sein de la Tour n’est ce pas ?

    Elle sortit discrètement de l’appartement, veillant bien à ce que Mathieu ne soit pas comme par hasard en train de rentrer au moment où elle sortait, et une fois qu’elle eut mit un pied hors de sa cachette, elle se sentit libérée. Oui, elle était un agent comme les autres, elle devait pouvoir sortir sans l’autorisation de quiconque. Mais alors, pourquoi ce sentiment de culpabilité qui la prenait soudain ? Elle préférait ne pas y penser, son esprit ressemblait déjà à un tourbillon qu’elle n’arrivait pas à stopper, autant ne pas l’accélérer un peu plus au risque de d’avoir la migraine ! C’est avec curiosité et une certaine fascination qu’elle parcourut les différents couloirs interminablement longs de la Tour Bleue. Plutôt que de prendre l’ascenseur, elle choisit d’emprunter les escaliers mais au bout de quinze minutes, elle se rendit compte qu’il n’y avait rien d’intéressant à ces étages si ce n’est des suites d’appartements et de bureaux tous semblables. Là, lui vint une idée un peu folle… Et si elle montait tout en haut ? Là où se trouvait l’appartement du mystérieux Khardan et, mieux encore, celui de Quartz ! Elle n’était pas inconsciente, elle savait qu’elle n’en avait pas le droit, mais elle avait toujours eu l’habitude de faire ce qui lui chantait et surtout, la curiosité et l’ennui prenaient le pas sur la raison. Elle avait vécu des moments si difficiles ces deux derniers jours… Elle avait envie de s’amuser, comme avant, lorsqu’elle n’était qu’une fille parmi les autres et non pas un agent de la Tour aux pouvoirs instables.

    La décision fut rapidement prise. Elle sortit de la cage d’escalier et se dirigea d’un pas assuré vers l’un des ascenseurs. A peine eut-elle mis un pied à l’intérieur qu’elle commença à trembler légèrement. L’interdit avait quelque chose d’excitant. Son doigt se posa sur le bouton qui menait tout en haut de la Tour… Elle déglutit. Quartz. Elle le connaissait de vu comme tous les habitants de ce pays mais, comme eux encore, elle ne lui avait jamais parlé. On racontait tant de choses sur lui… Qu’est-ce qui était vrai ? Qu’est-ce qui était faux ? D’après ses parents, il était de son peuple à elle, un démon de feu d’Emeraudia. La couleur de ses cheveux et de ses yeux semblaient prouver ce fait, d’ailleurs, c’est machinalement que Myrielle, tout en ayant cette pensée, se regarda dans le miroir de l’ascenseur et passa la main dans ses cheveux pourpres. Connaissait-il sa peur ? Savait-il ce qu’elle ressentait en ce moment ? Lui qu’on disait tout puissant, lui qui avait le titre d’Inya… Avait-il déjà souffert de ne pas être humain dans un monde d’humain ? C’était idiot peut-être de penser ainsi. Elle savait qu’en tant qu’Emeraudienne pure souche, elle était acceptée quelque soit sa race. Pourquoi alors ce sentiment d’exclusion ? Elle avait des parents qui l’aimaient, un entourage plus ou moins amical ou tout au moins peu agressif… mais rien n’y faisait, elle n’arrivait pas à se départir de ce sentiment.

    Toute plongée qu’elle était dans la contemplation de son reflet, elle mit quelques secondes à réaliser qu’elle était arrivée à destination. Elle s’avança vers la grande porte argentée qui devait sans doute protéger des curieux l’intimité de l’Inya et allait y poser la main lorsqu’une poigne de fer la stoppa net. Elle se sentit soulever du sol et elle n’eut pas le temps de voir son agresseur que déjà, elle était jetée à quelques mètres de la porte. Le chute fut douloureuse… Le regard de Myrielle se durcit et une chaleur commença à émaner d’elle. Peut-être que si elle avait eut pleinement conscience de ce qui venait de se passer, elle aurait put se contenir, mais l’attaque avait été trop rapide. Pour la seconde fois de la semaine, le processus automatique de défense de Myrielle se mettait en marche. Des flammes jaillirent dont ne sait où et se dirigèrent droit sur l’assaillant. La rouquine ne portait aucun contrôleur de force, celui qu’on lui avait mis à la faculté avait été enlevé le soir même et elle regrettait maintenant de ne pas en avoir demandé un dès son arrivée à la Tour. Car oui, cette première attaque lancée, Myrielle reprit possession d’une partie de ses moyens. Avait-elle blessée quelqu’un ? Elle chercha du regard l’ennemi mais ne le trouva point… jusqu’à ce qu’il lui tombe dessus et lui fasse rencontrer pour la seconde fois le carrelage du hall. Elle allait dire quelque chose mais on ne lui en laisse pas le temps… « Qui êtes vous ? Votre nom et votre matricule ! Immédiatement ! » C’est ainsi que la rouquine put à loisir observer la personne à qui appartenait cette voix autoritaire. C’était une fille petite et svelte, surtout en comparaison de Myrielle, aux cheveux bruns très longs qui frôlaient Myrielle. La première pensée de notre nouvel agent fut bien entendu « Quoi ? Quel matricule ? » puis « Comment une fille aussi petite peut-elle être aussi forte ? » Mais ce devait sûrement être un agent de la Tour bien entraîné. La confusion qui régnait dans son esprit et les questions que Myrielle se posait face à cette altercation l’empêchèrent de répondre. Cela énerva l’autre jeune fille qui leva un poing (pour la frapper sans doute) et pour éviter de voir le coup venir, Myrielle ferma les yeux très fort. Le coup ne vint pas en revanche une voix s’éleva. « Laissez la mademoiselle Lorne. Elle est avec moi. » La pression sur son corps s’évapora et elle rouvrit les yeux très prudemment.

    « Chef ! Cette fille tentait de s’infiltrer dans les appartements de l’Inya Quartz ! » L’agent Lorne était maintenant debout à côté de Myrielle qui tentait tant bien que mal de se lever. Khardan, puisque c’était lui, s’approcha et lui mit un collier avant qu’elle ait eu le temps de réaliser quoi que ce soit. « Vous allez bien mademoiselle Symphonie ? » demanda-t-il l’air sincèrement inquiet à la rouquine en l’aidant à se relever. « Un… Un peu sonnée. Mais ça va. » Khardan se tourna alors vers l’autre agent et lui fit signe qu’elle pouvait se mettre au repos. « C’est bon mademoiselle Lorne, ce n’est qu’une novice un peu trop curieuse. » La brune posa un regard dur sur Myrielle qui frissonna. Il faudrait qu’elle se rappelle de ne pas se la mettre à dos celle-ci. « Je suis Chiya Lorne, préposée à la sécurité de l’Inya Quartz et de son second Khardan. » Et bien, on ne devait pas rigoler tout les jours avec elle… « Myrielle Symphonie, agent heu… » « Agent de grade 2, matricule 4650, binôme de ce cher Mathieu. » La jeune fille réalisa que l’agent Lorne lui faisait affreusement peur et elle avait envie de se cacher derrière Khardan pour éviter ce regard d’acier. Son sens de la fierté et de l’honneur la sauva du ridicule de justesse car elle comptait bien prouver qu’elle était une adulte et non pas une enfant, une « novice ».

    Myrielle l’ignorait mais Chiya n’avait pas toujours été aussi dure et sévère dans ses paroles et ses expressions. Autrefois, elle ressemblait même un peu à Myrielle mais le temps change les gens… Elle s’adoucit cependant d’elle-même puisque Khardan lui assurait que la jeune fille était des leurs et que c’était lui le patron. « D’accord. Je ne savais pas que Mathieu allait avoir un binôme. Tu peux m’appeler Chiya. » Elle tendit sa main à serrer à Myrielle qui la prit avec un sourire mi-contrit, mi-soulagée. Pour une première escapade en tant qu’espionne, elle s’était vite fait griller… « Vous pouvez disposer mademoiselle Lorne. Mademoiselle Symphonie, si vous voulez bien me suivre. » Est-ce qu’elle avait le choix ? Question stupide (une de plus), il semblait évident que non. Elle suivit sans un mot Khardan, un peu honteuse, et se rendit compte qu’ils allaient dans son bureau. Allait-elle se faire gronder comme une écolière ? Elle le méritait mais cette idée la mortifiait.

    Le second homme le plus important ferma la porte derrière eux et s’assit à son bureau. Deuxième dois de la journée qu’elle le voyait dans son élément et deuxième fois qu’elle se demandait quel âge il pouvait bien avoir. Comme le silence s’éternisait et qu’elle ne pouvait pas vu les circonstances poser cette question, elle prit la parole. « Chiya est heu… impressionnante. » Khardan eut alors un petit sourire énigmatique qui éveilla la curiosité déjà envahissante de Myrielle. « Mademoiselle Lorne aurait beaucoup à vous apprendre… surtout en matière de discipline. » Ouch, celle-là elle faisait mal ! Mais elle ne baissa pas les yeux. Elle avait bien le droit d’avoir un ou deux défauts non ? Et puis ce n’était pas comme si elle avait voulu fouiner pour faire le mal, elle essayait seulement de trouver des réponses… « Sachez que cette jeune fille a en réalité 38 ans mais son corps est artificiel, aussi, elle ne vieillit pas. » C’était un robot ? « Elle n’est pas un robot. » Bingo, le champion est Khardan ! Est-ce qu’il lisait dans les pensées ? Mathieu le savait peut-être ! Il faudrait qu’elle lui pose la question. « Elle est faites de chair et d’os comme nous mais elle a été crée de toutes pièces à partir d’une âme humaine par des gens vraiment très doués… c’est de là qu’elle tire sa force. » Pourquoi lui disait-il tout ça ? Il ne l’avait quand même pas fait venir dans son bureau juste pour ça, si ? « Essayez de vous en faire une amie mademoiselle Symphonie, vous avez tout à y gagner. » Bien, peut-être qu’elle pouvait disposer…

    Elle allait se lever et partir mais Khardan l’arrêta en lui attrapant le poignet. Il était rapide… « Encore une petite chose. Si vous voulez satisfaire votre curiosité, mieux vaudrait que vous me demandiez de vous accompagner. Il y a des gens plus dangereux que Chiya dans cette Tour. Et gardez le collier jour et nuit. » Enfin il la lâcha et elle bredouilla quelques mots avant de partir – ou plutôt de s’enfuir – aussi vite que ses jambes le lui permettaient. Arrivé dans l’ascenseur, elle tomba une fois de plus sur son reflet mais ce qu’elle y vit lui déplut fortement. « Je ressemble à un chat avec ce collier. » En effet, le bijou était un ras le cou noir avec une petite plaque argenté qui servait probablement de contrôleur de force. « Miaou maître… » et elle sortit au rez-de-chaussée pour aller faire quelques courses en ville.
    Pendant ce temps, Mathieu avait terminé ses affaires et rentra à l’appartement qu’il trouva vide. Le pauvre n’était pas au bout de ses peines…

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Tampopo Yamazaki
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MessageSujet: Re: [Roman] ¤ Emeraudia, Monde Miroir ¤   Jeu 16 Aoû - 22:09




Mission G69ZZ


    La nuit était tombée et Myrielle se remettait tant bien que mal de ses émotions. Tout était aller si vite que s’en était irréel. Elle n’arrivait pas à croire qu’elle avait déjà rencontrée tant de monde ! Parviendrait-elle à se souvenir de tous les visages ? De tous les noms ? Elle n’avait jamais été un modèle d’intégration sociale. Elle avait peur. Peur d’elle, des agents de la Tour, de Khardan et de ne jamais leur arriver au moins à la cheville… Bien qu’elle saurait se contenter de dépasser le gros orteil, ou le petit ?

    Elle eut bien du mal à s’endormir. Lorsqu’elle était rentrée à l’appartement, Mathieu l’avait gentiment – mais longuement – sermonnée sur les règles de sécurité et le respect de la hiérarchie. La jeune fille l’avait à peine écouté, toute plongée qu’elle était dans le souvenir de son dernier entretien avec Khardan. Le regard fixé sur le plafond (un contre plaqué, c’est passionnant, vous n’imaginez même pas !), elle repassait la scène en boucle… Touchant machinalement le collier qu’elle n’avait pas le droit d’enlever. Ce n’est que quelques heures plus tard qu’elle trouva le sommeil.

    BIP-BIP-BIP… Un bruit désagréable résonnait dans les oreilles inattentives de Myrielle. Elle était en plein rêve mais en perdit la teneur dès qu’elle ouvrit les yeux pour identifier le bruit inopportun. Son bipeur. C’était lui qu’elle entendait depuis dix minutes. Elle n’eut pas le temps de déchiffrer le message sur l’écran, on frappait à sa porte. C’était Mathieu.
    « Debout belle endormie. Tes premiers pas dans le monde des grands t’attendent ! » Elle dut se préparer en seulement quelques minutes – une dizaine tout au plus – et n’eut le temps de rien manger. Déjà, elle quittait la Tour en compagnie de Mathieu. Il venait de récupérer les clefs d’une voiture rouge à moteur électrique et c’est avec galanterie qu’il lui ouvrit la portière passager.
    « Tu peux m’expliquer où on va ? » Râla Myrielle, son caractère impétueux reprenant peu à peu ses droits.
    « - Mais bien entendu Princesse, nous allons au Sky.
    - Le Sky ? Mais c’est un bar ! Qu’est-ce que tu veux qu’on aille faire là-bas !
    - On a un ordre de mission. »
    Il lui tendit un papier à Myrielle qui le déplia : mission G69ZZ. Infiltration du Sky. Identités : Myrielle et Mathieu Harris, jeune couple à la recherche d’un emploi. Objectif : Enregistrer le plus de donnés possibles sur les habitués.

    Myrielle comprenait ce qu’elle lisait mais ne parvenait pas à saisir ce qu’elle allait devoir faire. Heureusement, sa perplexité était palpable et Mathieu vint à son secours. Lui s’amusait rien qu’à l’idée de cette mission. Elle ne mettait pas à profit ses talents mais chaperonner une jolie fille c’était toujours agréable.
    « Nous allons faire semblant d’être des gens normaux pendant quelques jours. Cela te permettra de commencer en douceur… Le but est simplement de fournir une mémoire des noms et des visages du Sky à la Tour. Cela n’a rien de compliqué.
    - Si tu le dis… »
    Elle avait du mal à saisir l’intérêt de cette mission mais ne disait-on pas que « les voies de l’Inya sont impénétrables » après tout ?

    ***

    Quand ils débarquèrent au Sky vers midi, ils avaient tout du jeune couple très amoureux qui vient de se marier. Ils avaient pris leur quartier dans une auberge non loin et s’y étaient changés et préparés pour être crédibles si on leur posait des questions. Mathieu et Myrielle Harris s’étaient mariés il y a deux semaines à l’étranger et maintenant qu’ils étaient rentrés au pays, ils cherchaient un petit travail. Ils s’étaient rencontrés lors d’un voyage de Mathieu et ça avait été le coup de foudre. Il avait même réussi à obtenir sa main auprès des parents de la jeune fille alors qu’elle était encore mineure. Myrielle trouvait que cette histoire sentait le cliché à plein nez mais elle n’avait rien de mieux à proposer et c’était Mathieu le boss… Il avait même choisi comment ils devaient s’habiller. Une fois au Sky, elle portait une petite robe noire très simple – mais comment la Tour connaissait-elle sa taille ? – et Mathieu un jean sans marque avec un tee-shirt blanc. Leur seule fantaisie était plusieurs bijoux en cuir qui semblaient être là pour justifier le port du collier de Myrielle. Elle avait remarqué que son coéquipier avait mis dans ses propres accessoires plusieurs contrôleurs de force ce qui la laissa penser qu’il était plus puissant que ce qu’il lui en avait montré… Elle se retint de poser des questions – dur, dur vu comme elle est curieuse – et tenta de ne pas trembler quand ils passèrent la porte du bar.

    La façade du Sky était blanche et bleu, assez accueillante de l’avis de la jeune fille, et l’intérieur était décoré pour rappeler des vieux bateaux. Tout était en chêne massif… C’était assez chic pour un bar des bas quartiers de la ville. Tandis qu’elle se faisait cette réflexion, Myrielle n’en menait pas bien large… Elle avait peur qu’on ne devine leur mission. Mais non, on leur accorda à peine un regard tant ils étaient banals… sans la couleur flamboyante des cheveux et des yeux de Myrielle, ils auraient même pu être des humains. Toutefois, sur Emeraudia, démons de toutes formes, anges et humains cohabitaient depuis la nuit des temps jusqu’à parfois se marier sans que personne ne s’en choque. C’est pourquoi malgré les signes visibles de son appartenance à une autre race, Myrielle ne rencontra que des regards ternes. Faire semblant d’être la femme de Mathieu n’était pas très difficile car elle était tellement anxieuse qu’elle s’agrippait à lui pour ne pas le montrer. Elle le laissa prendre la parole et s’adresser au patron du bar pendant qu’elle observait les lieux comme il le lui avait demandé. Elle ne saisissait toujours pas l’intérêt de cette mission mais elle avait confiance en Mathieu et en leur supérieur. S’ils étaient là, ce n’était pas pour dépenser inutilement l’argent du contribuable.

    Vu l’heure il n’y avait pas grand monde, seulement les habitués. Ça tombait bien, ils cherchaient plus à repérer les bons clients que les paumés s’enivrant occasionnellement. A première vue, aucun d’eux n’étaient particulièrement intéressant mais elle les détailla tout de même… à tel point que Mathieu dût la faire revenir sur terre. « Chérie ? Serveuse ça te convient ? » Myrielle eut un moment de vague avant de se souvenir qu’ils étaient là pour des offres d’emploi. « Oh ! Oui, oui, bien sûr ! Tout me va ! » Le patron la détailla un instant et sourit avec malice. « Les clients peuvent être durs, surtout avec les petites mignonnes dans votre genre ! » Mathieu répondit à la place de sa coéquipière. « Ne vous en faites pas, elle sait se défendre. »

    Ils signèrent un contrat d’un mois d’essai et retournèrent à l’auberge. Ils commenceraient le lendemain. Dans l’après-midi, alors que Mathieu sortait de la douche (il n’avait pas eu le temps de la prendre le matin), Myrielle fit part à son camarade de ses doutes. « Je ne comprend pas. » commença-t-elle, tête baissée sur le règlement interne des agents de la Tour. « Un point t’es obscur ? » demanda gentiment Mathieu en se penchant sur la jolie rousse pour regarder la page qu’elle lisait. Ce geste fit sursauter Myrielle qui remarqua que son faux mari était torse nu. La couleur de ses joues s’accorda à celle de ses cheveux. Elle avait déjà vu des hommes plus ou moins dévêtus à la piscine mais elle avait été surprise par la proximité subite de Mathieu qui ne manqua pas de s’en amuser. Myrielle devait bien admettre que si le visage de Mathieu manquait de grâce, son torse était musclé juste ce qu’il faut… à en faire pâlir de jalousie plus d’un ! Reprenant contenance, elle repoussa ses cheveux derrière ses épaules puis ferma le fascicule d’un geste sec. « Pas le règlement, la mission. A quoi ça sert d’observer ces gens ? Ils ont l’air on ne peut plus normaux… » Mathieu s’assit sur le lit double à côté de sa protégée, non sans pousser un soupir résigné. « Emeraudia a beau être un monde en paix, les malfaiteurs s’y trouvent dans une certaine mesure. L’Inya a besoin de connaître les habitués du Sky pour mieux appréhender ces gens-là. Nous ne sommes que des relais. » Myrielle haussa un sourcil perplexe. Son incompréhension allait grandissante mais Mathieu poursuivit patiemment ses explications. « Quand nous rentrerons, l’Inya Quartz fouillera notre mémoire, lui seul sait ce qu’il y cherche mais on le saura tôt ou tard. Toi qui a bravé l’Agent Lorne pour le rencontrer, tu vois, ce n’était pas la peine ! » Esquissant une moue amusée, il prit une gorgée d’eau dans la bouteille de Myrielle qui allait protester mais se ravisa. Ils travaillaient et vivaient ensemble, il allait falloir qu’elle apprenne à partager. « Tu connais l’Agent Lorne ? » demanda-t-elle avec sa curiosité maintenant habituelle. Mathieu répondit à ses attentes toujours sans la moindre trace d’agacement. « Tout le monde la connaît. C’est l’un des héros de la Presque Guerre tu sais ? »

    Une vingtaine d’année auparavant, avant même la conception de Myrielle, avait eu lieu un conflit armé entre Emeraudia et un groupe d’ange belliqueux. Heureusement, des agents de Tolérancia avaient jugulés la crise avant qu’elle n’atteigne tous les pays d’Emeraudia. « Ah bon ? Je l’ignorais. Je n’étais pas très bonne en histoire. » Mathieu eut un haussement d’épaule. Elle était vraiment ignorante. « Il paraît que depuis cette époque elle a beaucoup changé. Elle y aurait perdu son fiancé et s’en serait mal remise. » Le visage de Chiya revint en mémoire à Myrielle ainsi que les paroles de Khardan à son sujet. « Khardan m’a dit qu’elle avait 38 ans. J’ai du mal à m’y faire, elle paraît mon âge, le tien tout au plus… » Cette fois, Mathieu rit ouvertement à l’ignorance de sa partenaire.
    « - Tu as toujours vécu avec des humains mais les différentes espèces n’évoluent pas de la même manière. - Toi-même tu vivras très longtemps sans vieillir, au moins 500 ans, à la Tour c’est le cas de beaucoup de personne !
    - C’est le tien ?
    - Non, je suis tout ce qu’il y a de plus humain. Mais pas Chiya, ni Khardan, ni Quartz. Tu vas devoir t’y faire. »

    Myrielle était épatée. Mathieu savait tant de choses ! Elevée parmi les humains, n’ayant que peu de contacts avec les autres races, elle avait pleinement conscience de sa différence et en avait souvent souffert. Elle n’avait pourtant jamais imaginé que les démons de son espèce vivaient si vieux. Ses parents ne le lui avaient pas dit, ils ne le savaient peut-être pas. Le couple Symphonie était on ne peut plus normal, ils pourraient presque être terrien tellement ils se comportaient en humains, loin des autres races.

    Le reste de la journée se déroula dans un calme relatif. Mathieu apprenait à sa partenaire les rudiments théoriques du métier d’agent – il avait même fini par passer un tee-shirt – et la nuit tomba sur cette atmosphère paisible. « Je dors sur le canapé, prends le lit. » décréta le jeune homme à Myrielle. Elle acquiesça sans aucune hésitation. Pour le peu qu’elle connaissait Mathieu, elle l’appréciait, mais pas assez pour lui faire confiance et le laisser dormir avec elle. Pourtant, le lit était grand… Mais Myrielle était jeune et un peu prude sur les bords. Son coéquipier l’avait deviné et il avait, de toute façon, reçut des ordres assez strictes au sujet de la démone. Il aurait aimé lui en parler mais cela lui était impossible. Dommage. Il avait de la sympathie pour elle. Il la trouvait amusante avec toutes ses questions.

    Malgré le sacrifice héroïque du confort de Mathieu, Myrielle mit longtemps à s’endormir, troublée par le son de la respiration régulière de son camarade. Le matin la surprit en plein rêve agité. Mathieu la secoua gentiment et des flammes surgirent autour de lui pour l’attaquer pendant que la rouquine marmonnait et lui tournait le dos d’un air contrarié. C’est là qu’on comprend l’utilité du collier de contrôle car de plus grosses flammes auraient été gênante même pour Mathieu. La première surprise passée, Mathieu sourit avec malice et éteignit les flammes à grand renfort d’eau qui tombèrent en trombe sur la jeune fille qui sursauta.

    « Désolé Princesse, pas de Mathieu grillé pour le p’tit dej’ ! » Elle jeta un regard interloqué au jeune homme – déjà douché, rasé et habillé – qui partit dans un nouvel éclat de rire bon enfant. « Tu n’es vraiment pas du matin ! Tu m’as attaqué dans ton sommeil avec des flammes, j’ai simplement trouvé drôle de te rendre la pareille. » Myrielle se releva et se frotta les yeux. Elle était trempée, c’est malin… « Tu as une idée de l’humour très personnelle. » Grogna-t-elle avant de se lever – enfin – et de se préparer pour aller au Sky.

    La mission dura quelques jours durants lesquels, tout en jouant la serveuse, Myrielle fit de son mieux pour retenir chaque nom et chaque visage. Les autres serveuses étaient toutes des filles très mignonnes visiblement moins gênées qu’elle par le manque de tissu de leur uniforme… Quant au patron, Wagner, c’était un ex-terrien jovial au regard franc qui avait les défauts de sa dimension : il était bassement matérialiste. Pourtant, avec sa bouille ronde et son crâne légèrement dégarni, Myrielle le trouvait attachant. Elle trouvait qu’il avait un faux air de son père… Il avait clairement sa préférence quand Mathieu semblait plutôt mieux s’entendre avec une blondasse que Myrielle détesta au premier regard. Lorsqu’elle fit part de son sentiment à son coéquipier, il se moqua d’elle. « Tu es jalouse ? C’est mignon mais sois rassurée, je ne ferais rien qui brise notre couverture. » Elle n’en doutait pas. Durant les pauses, ils jouaient au petit couple parfait tout en se chuchotant des vannes qui tenait lieux et place de mots doux. Toujours est-il que cette accusation de jalousie l’énerva profondément même si elle tenta de le cacher… Pour le plus grand bonheur de Mathieu qui n’en finissait jamais de la taquiner !

    Mais cette ambiance chaleureuse n’empêcha pas les deux agents de plier bagage le moment venu. « Vous devez vraiment partir ? C’est regrettable… » Wagner s’était pris d’affection pour eux, il semblait sincèrement désolé de leur départ. « Nous reviendrons vous voir, promis, mais Matt a trouvé une opportunité intéressante et… » Wagner la stoppa d’un geste et d’un sourire paternaliste. « « N’en dis pas plus. Je comprends tout à fait. Allez mes enfants… » A le voir si gentil, Myrielle ressentit un sentiment de culpabilité lui pincer le cœur. Ils l’avaient trompé, lui avaient menti… ce n’était pas très gentil.

    « Tu crois que la mission était un succès ? J’ai l’impression que ça n’a servi à rien à part à tromper d’honnêtes gens. » La langue de Mathieu claqua contre son palais pour marquer sa désapprobation. Ils étaient presque arrivés à la Tour où de nouvelles missions les attendaient mais elle l’inquiétait.
    « Tu es trop sensible. Notre métier c’est de faire ce qu’on nous dit, un point c’est tout. Ces gens étaient sympathiques mais nous devions les observer, ce que nous avons fait. Le sentiment du travail accompli correctement est tout ce que tu dois avoir à la fin d’une mission.
    J’espère que cette comédie n’aura pas été vaine…
    Elle ne l’était pas, crois-moi. »

    Parce que grâce à elle, ils étaient devenus une véritable équipe.

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MessageSujet: Re: [Roman] ¤ Emeraudia, Monde Miroir ¤   Jeu 16 Aoû - 22:10




L'enfant sourit


    Le retour à la Tour avait été surprenant mais il semblait à Myrielle qu’elle commençait à s’habituer à ces surprises à répétition car cela ne la choqua pas outre mesure. En effet, à peine arrivés dans la Tour, ils n’eurent même pas le temps de repasser à l’appartement qu’on les conduisit directement à Quartz, l’Inya de Gnomê. Jusqu’ici, Myrielle l’avait toujours vu de loin ou à la télévision… Il était bien plus impressionnant en vrai ! Lorsque Khardan fit entrer les deux agents dans l’appartement de l’Inya, ce dernier était torse nu mais ça n’avait rien d’agréable à l’œil. L’homme aux cheveux de flammes avait la poitrine couverte de nombreuses cicatrices dont certaines étaient à vif. En les voyant arriver, il passa un tee-shirt noir et s’approcha d’eux. Vu d’aussi près, il était… comment dire ? Myrielle cherchait désespérément un mot pour qualifier ce qu’elle ressentait face à cet homme. Il la dominait de toute sa puissance, l’écrasait… Son aura dégageait un pouvoir qui surpassait largement tout ce que Myrielle avait imaginé. Ils étaient du même peuple mais c’était évident que Quartz jouait dans une toute autre catégorie. Pourtant, bien qu’elle se sentît aussi insignifiante qu’un moucheron dans le désert, elle ne ressentait pas de peur. Quand son regard croisa celui de l’Inya de son pays, elle comprit combien il était bon et juste. Pour elle qui connaissait si peu de choses sur les démons de sa race, qui vivait dans un quartier plein d’humains jaloux et méchants qui lui disaient qu’elle était un suppôt du Satan terrien – elle n’avait jamais trop compris l’insulte – c’était apaisant de rencontrer Quartz.

    Elle aurait eu beaucoup de questions à lui poser mais elle n’en eut pas l’occasion. Quartz et Khardan orientèrent la conversation de façon à ce qu’elle soit presque uniquement composée des salutations d’usage ce qui rendit l’échange bref. Myrielle se promit que ce ne serait que parti remise bien qu’elle comprît qu’un Inya n’avait pas de temps à perdre avec de simples agents. Elle progresserait et elle atteindrait un niveau suffisant pour être autre chose qu'un porteur de mémoire ambulant !
    Par une légère pression sur leurs tempes Quartz récupéra les données relatives au Sky. Cette intrusion dans sa mémoire fit chanceler la jeune fille qui fut rattrapée in-extremis par Khardan. « Ce n’est rien mademoiselle Symphonie, vous en prendrez vite l’habitude. » Il avait beau dire, elle n’était pas très à son aise. Et puis, franchement, il n’en avait pas marre de l’appeler « mademoiselle Symphonie » ? Cette pensée l’agaça sans qu’elle sût pourquoi mais elle ne pût s’y attarder. Elle avait l’impression désagréable d’être prise dans un tourbillon… Ce qui s’accentua quand, au bout d’une dizaine de minutes seulement, on les raccompagna vers la sortie. Mathieu semblait avoir l’habitude et elle lui enviait son flegme.

    Le lendemain, ils étaient tous les deux de repos et le sur-lendemain, rien n’était prévu. Myrielle en profita pour faire la grasse matinée jusqu’à ce qu’une douce odeur de café lui monte aux narines… Ce dernier point étant tout relatif puisque la table où était posée le café était bien plus haute que le lit de Myrielle. Encore habillée de sa seule chemise de nuit, elle sortit de sa chambre pour rejoindre la cuisine, la tête encore dans le brouillard. « Salut Princesse ! Bien dormi ? » Qu’est-ce qu’il la fatiguait à être du matin. Elle grommela une réponse qui se voulait polie et se servit une tasse de café noir. La cuisine, comme le reste de l’appartement d’ailleurs, était blanche avec des meubles en bois peints en noir. La jeune femme se promit de décorer un peu tout ça car c’était vraiment trop sobre… Une fois qu’il fut certain qu’elle avait avalé assez de café, Mathieu s’approcha de sa coéquipière et glissa un morceau de papier plié en quatre devant elle. Elle leva les yeux sur lui et soupira. « Ordre de mission ? » Il lui fit signe que oui. Elle se demanda brièvement pourquoi son biper n’avait pas sonné et comme toujours Mathieu répondit à sa question avant qu’elle l’exprime. C’était incroyable de penser qu’ils ne se connaissaient que depuis une poignée de jours alors qu’ils se comprenaient aussi bien.
    « Ce n’est pas une mission urgente. Une porte dimensionnelle s’est ouverte en dehors de la ville, nous devons aller la fermer. » Et quand est-ce qu’on lui donnerait un vrai travail avec un peu de baston ? Cette fois, elle n’obtint pas de réponse mais elle mit la nature des missions qu’on lui confiait sur le dos de son inexpérience. Elle n’était pas loin de la vérité. Mathieu lui laissa tout le temps nécessaire pour se préparer. Cela changeait agréablement la jeune fille qui était plus habituée à devoir faire la course pour que son coéquipier ne parte pas sans elle.

    Une fois sur les lieux, pendant que Mathieu installait la machine permettant de fermer les portails, Myrielle entama une ronde pour vérifier qu’il n’y avait pas des terriens dans le coin. C’est au cours de ce petit tour qu’elle vit une ombre se profiler, une ombre qui ne souhaitait pas être identifiée puisqu’elle prit la fuite à toute vitesse. La jolie rousse allait lui courir après quand la procédure à suivre lui revint. Sortant son téléphone portable de sa poche, elle composa le numéro de son coéquipier et attendit deux sonneries qu’il décroche. C’était vraiment désagréable de n’avoir pas le droit de prendre l’initiative !
    « Ah ! Enfin tu décroches ! » S’exclama-t-elle enfin sans laisser à Mathieu le temps de parler. « J’ai repéré un humain, un terrien. Qu’est-ce que je fais ? » Elle ponctua sa question d’un soupir ennuyé. A ce rythme, terrien désorienté ou non, il serait déjà loin. « Cours Princesse ! Et surtout ne le laisse pas s’enfuir ! » Ahahah ! Il en avait de bonnes lui tiens… Myrielle rangea d’un geste rageur son téléphone et partit au pas de course dans la direction empruntée par l’ombre. Après avoir marché une dizaine de minutes, des sanglots captèrent son attention. Ce bruit étouffé provenait de derrière un buisson. Myrielle s’en approcha avec prudence et ce qu’elle vit la laissa sans voix. Ce n’était qu’un enfant, un petit garçon qui devait avoir à peine dix ans…

    Très brun, ses boucles tombaient autour de son visage mât aux prunelles noires. Sur ses joues coulaient de grosses larmes et c’est un regard effrayé qu’il lança à Myrielle accompagné d’un cri. « Bien sûr », pensa alors le jeune agent, « Il n’a jamais vu de gens comme moi ». Autrement dit un démon humanoïde aux yeux rouges. « N’ais pas peur… » Prononça-t-elle doucement en priant pour qu’il la comprenne « Je suis une amie ».

    Sur Emeraudia, il n’y avait que sept langues – une par pays – mais Myrielle avait conscience que sur Terre il y en avait bien plus dont certaines étaient très différentes de la langue de Gnomê (proche du français de la Terre avec une pointe d’Allemand et de Grec). Elle allait tenter une nouvelle approche quand son téléphone sonna, faisant encore plus sursauter le jeune garçon qui se tassa sur lui-même sous l’œil désemparé de Myrielle.

    « Tu l’as trouvé ? Demanda posément Mathieu dans un grésillement.
    - Oui mais… c’est un enfant… et…
    - Ok, j’arrive. » l’interrompit-il ce qui la soulagea tout en l’inquiétant un peu plus. Avec l’arrivée de Mathieu, l’enfant ne prendrait-il pas encore plus peur ? Elle eut la confirmation de ses craintes quelques minutes plus tard seulement.

    Dés que l’aura de Mathieu se fit sentir, le petit garçon se recroquevilla encore plus en pleurant en silence. Touchée, Myrielle tenta de s’approcher de lui le plus lentement possible. Ensuite, elle lui tendit la main et lui murmura de sa voix la plus douce « Calme toi, personne ne te fera de mal… » Enfin… pas à sa connaissance du moins. C’est avec surprise qu’elle vit le petit se jeter dans ses bras au moment où Mathieu faisait son apparition. Le jeune homme ne cacha pas sa surprise. « Tu sympathises avec le suspect ? » Son expression trahissait son amusement. Pour ce genre de mission, ils auraient pu tomber sur pire qu’un enfant. Il avait déjà vu des brèches dimensionnelles libérer des démons qui massacraient par centaines les habitants d’Emeraudia. Dans l’instant présent, un petit garçon, c’était du gâteau. Mathieu se disait ironiquement qu’il allait faiblir avec des missions aussi simples… Dire que lui aussi avait souhaité une bonne bagarre ! Mais la préservation de la paix était la priorité alors… Il devait se réjouir, au moins pour la forme.

    L’arrivée d’un interprète plus tard, ils apprirent que le jeune garçon se nommait Emeric et qu’il avait neuf ans. Il ne lâchait pas Myrielle d’une semelle, Mathieu en était presque jaloux. Presque seulement parce qu’il n’était pas dans ses habitudes de ressentir de l’envie. Bien qu’il ait un caractère simple, il doutait assez peu de lui-même.

    Sur Emeraudia, n’importe quel arrivant pacifiste était le bienvenu mais (car il y a un mais) on n’autorisait jamais un ressortissant terrien à retourner chez lui. Emeric n’était qu’un enfant, son cas était plus compliqué et les supérieurs directs de Myrielle et Mathieu en discutèrent longuement. La décision finale fut que le jeune garçon serait mis en famille d’accueil mais cela mit Myrielle dans une colère noire.
    Mathieu tenta tant bien que mal de la raisonner mais rien n’y fit. On lui avait arraché Emeric de force et le désespoir qu’elle avait lu sur ce visage innocent lui rappela un lointain souvenir. « Je ne devrais pas penser à tout ça… » songea-t-elle dans l’ascenseur qui conduisait au bureau de Khardan. Elle entra sans frapper mais cela ne fit même pas lever les yeux à son supérieur. Kardhan était égal à lui-même. Imperturbable.
    « Monsieur Orwany… » Commença-t-elle avant d’être interrompue par la voix calme et chaude de celui qui enfin la regardait : « Vous pouvez m’appeler Khardan si les politesses vous mettent mal à l’aise ». La jeune fille piqua un fard, consciente qu’il lisait en elle comme dans un livre ouvert. Niveau intimité, il faudrait repasser… « Dé… désolée. Je ne suis pas… » Elle n’était pas quoi ? Habituée à devoir faire la conversation à quelqu’un qui semblait à peine plus vieux qu’elle en le vouvoyant ? Non, ce n’était pas ça… Ou plutôt, c’était ça sans l’être. Elle éprouvait un profond respect pour Quartz et Khardan, même pour Chiya et Mathieu en y repensant… mais elle voulait être plus proche d’eux, mieux les comprendre… Sans doute était-elle trop curieuse, mais qui pouvait le lui reprocher ? Tout était si nouveau, si passionnant ! Ici, elle ne craignait pas de faire mal à quelqu’un. D’une part c’était impossible car elle portait son collier de contrôle, d’autre part parce que la Tour était remplie de gens bien plus puissants qu’elle. Ils pouvaient résister si elle pétait un plomb… « Mademoiselle Symphonie, prenez ma main je vous prie. » Elle obéit sans réfléchir et sentit une téléportation s’enclencher. Le décor se troubla et quand il redevint net, elle cligna plusieurs fois des yeux. Ils étaient dans un appartement qui n’étaient pas dans la Tour puisqu’à travers la fenêtre, elle l’apercevait. « Vous êtes ici chez moi, mon vrai chez moi, pas mon appartement de fonction. » Evidemment, c’était logique. Il ne vivrait pas à la Tour jusqu’à la fin de ses jours, il fallait bien qu’il dorme quelque part quand il était en vacances ! Quoi que pour ce dernier point, elle n’était pas absolument certaine qu’il se repose beaucoup… « C’est pas le moment de penser à ça ! » Ragea-t-elle intérieurement. Khardan sourit – alors il lisait vraiment dans ses pensées ? – et l’invita à s’asseoir sur le canapé. « Vous vouliez me parler je crois. » Lui parler ? De quoi ? Ah ! Oui ! Emeric ! « C’est exact… » Elle prit une profonde inspiration « Je ne crois pas que votre décision au sujet du garçon était la bonne ». Khardan croisa les mains, cette conversation semblait beaucoup l’amuser « Ah oui ? ». Un instant, elle se demanda s’il ne l’avait pas emmenée ici pour la punir discrètement de son audace. « Oui ». Tant pis, elle tenterait le tout pour le tout « On ne peux pas séparer un enfant de ses parents comme ça ! Il est si jeune… Vous devez pouvoir le renvoyer sur Terre n’est-ce pas ? ».

    Le bras droit de Quartz semblait avoir repris son sérieux quand il lui répondit « S’il fallait jouer sur les mots, je vous direz que non, nous ne pouvons pas. Toutefois, ce n’est pas entièrement vrai. Il est tout à fait possible d’ouvrir un portail et de raccompagner cet enfant sur Terre… mais nos lois l’interdisent ». Myrielle se leva brusquement, excédée :
    « C’est ridicule ! Il n’est pas un danger !
    - Si. Il connaît notre existence, de ce fait, il est un danger.
    - Nous pourrions lui effacer la mémoire !
    - Vous savez que ce ne serait que temporaire.
    - Alors voilà ! C’est comme ça que cela doit se finir ! On va l’obliger à rester ici, loin des siens, tout ça pour notre bon plaisir ! C’est égoïste et abject ! »

    Des flammes commencèrent à se former autour d’elle. Grâce au collier, elles étaient toutes petites mais elles tournaient en cercle autour de Myrielle pour finalement foncer sur Khardan qui les arrêta avec sa manche. Il s’y était attendu, pas Myrielle. Elle sentit les larmes lui monter aux yeux et elle s’apprêtait à s’excuser mais Khardan prit la parole avant qu’elle en ait eut le temps. « Vous avez raison. Nos méthodes ne sont pas toujours meilleures que celles des terriens. Nous sacrifions l’individu pour le plus grand nombre et vous m’en voyez désolé. » Le jeune homme s’approcha de la démone et posa une main incroyablement chaude sur la joue déjà en feu de la démone. « Je vous en prie, ne pleurez plus. Nous ferons de notre mieux pour qu’il soit heureux ici. » Elle ravala ses larmes. La colère avait disparu, pas la tristesse. Elle voyait bien que Khardan n’y pouvait rien. « Est-ce que je peux le voir ? » Elle sourit tristement « Oui, mais quand vous serez calmée seulement, prenez place, je vais vous servir un chocolat chaud ». Il s’éloigna en direction de ce qui être la cuisine « Un chocolat, pensa ironiquement Myrielle, je peux prendre du café pourtant. Je ne suis plus un bébé ». Lorsqu’il revint avec la boisson (elle nota qu’il avait pris un chocolat aussi), elle resta un long moment silencieuse, puis, l’intimité du lieu aidant, posa enfin cette question qui lui trottait en tête depuis si longtemps. « Quel âge avez-vous ? » Abrupt, mais elle n’avait pas trouvé mieux comme formulation. « 52 ans » répondit-il en souriant, amusé du regard choqué de la jeune fille « Je suis plutôt bien conservé, n’est-ce pas ? » Elle éluda. Il… Il avait l’âge de son père adoptif !!! Mais il faisait nettement plus jeune que son âge. Même en cherchant bien, on ne lui donnait pas la trentaine. « Vous êtes un démon ? Un ange ? » Finit-elle par demander, toujours poussée par son insatiable curiosité. « Un humain, rien de plus. Je vieillis seulement bien plus lentement que la moyenne. C’est l’une des raisons qui m’ont mis à mon poste actuel pour protéger Quartz qui lui ne peut pas vieillir pendant son mandat. » La jeune fille avait encore du mal à assimiler toutes les données. Toutefois, Khardan ne la laissa pas continuer à poser ses questions. « Il est temps, suivez moi. »

    Il ne leur fallut que quelques minutes à pied pour rejoindre Emeric et sa nouvelle famille d’accueil. Dès que le petit garçon vit Myrielle, il courut dans ses bras. « Emeric ! Tu as l’air d’aller bien. » Et l’enfant sourit, rassurant Myrielle.

    Khardan la raccompagna à la Tour quelques heures plus tard. Elle avait conscience du privilège que cela constituait. Quand il la laissa devant la porte de son appartement, elle le héla. « Attendez ! Puis-je poser une dernière question ? » Khardan tourna son regard sombre vers elle et d’un signe l’invita à parler. « Que… Que faites-vous… Quand vous ne vous occupez pas de l’Inya Quartz ? » Il lui sembla percevoir une lueur de tristesse dans les prunelles noires du protecteur mais elle n’aurait pas osé l’affirmer. « Rien. Je ne vis que pour notre Inya. » Elle ne trouva rien à répondre et le regarda disparaître au bout du couloir.

    Dans ce cas, pensa-t-elle amèrement, je n’étais qu’une perte de temps…

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Tampopo Yamazaki
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MessageSujet: Re: [Roman] ¤ Emeraudia, Monde Miroir ¤   Mer 4 Nov - 13:55

Partie 2
Mathieu



« Pas besoin de gril,
L'enfer c'est les autres. »
Jean-Paul Sartre.






Un long fleuve tranquille


    L’eau coule doucement, elle représente la vie. Inéluctablement, elle creuse le sillon et agrandit le chemin qui la mène à sa perte dans le mélange d’autres cours d’eau. Une fois dans la mer ou dans le lac, que devient le fleuve tumultueux ? Doucement, doucement, la petite rivière se gonfle d’importance, rejoint le prochain cours d’eau, se sent irremplaçable et finalement s’éteint, disparaît, ne sait plus qui il est. Chaque être humain est ce cours d’eau. Quand il naît, il est petit, fragile, il se laisse bercer par son entourage. Plus tard, il grandit, il se mélange à la société, il s’imagine qu’il la construit – bêtise que tout cela – et continue toujours sa route. À la fin, il se perd dans cette foule, ne devient qu’un dans la multitude. Son entourage grossit, d’autres ont pris la place qui était sienne en amont de son existence… et finalement, il se perd dans l’oubli, goutte d’eau dans l’océan.
    Myrielle suivait elle aussi son chemin sans savoir ce qui l’attendrait dans le futur. Cela faisait maintenant plusieurs mois qu’elle travaillait à la Tour. Elle maîtrisait de mieux en mieux ses pouvoirs et participait maintenant à des missions de plus grandes importances. Elle évitait encore de tenter le diable en sortant trop longtemps seule car elle avait compris que dès qu’elle perdait le contrôle de ses émotions, elle perdait aussi celui de ses pouvoirs. Cette idée faisait naître en elle un immense sentiment de gratitude pour ses parents adoptifs. C’est parce qu’ils avaient fait d’elle une enfant équilibrée, qu’ils l’avaient entourée d’amour, qu’elle avait commencé à dérailler si tard. Elle n’osait pas s’imaginer ce qui se serait passé si ses pouvoirs s’étaient réveillés quand elle était plus jeune, à la maternelle par exemple.
    Ce jour là, elle était en mission de capture. Un démon d’une dimension infernale assez originale faisait des siennes dans le centre ville. La créature ressemblait à un taureau mais ses cornes étaient proéminentes, sa couleur rouge et orange prêtait à rire et il était doué de paroles bien que Myrielle ne connaisse pas son dialecte. Sans aucune pitié, Mathieu envoya une puissante attaque d’eau qui emprisonna la bête mais il devait être résistant à ce genre de tactique. En moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, il se libéra de l’emprise de l’agent et se rua toutes cornes brandis sur son tortionnaire du moment. « Mathieu ! Attention ! » Son coéquipier ayant le dos tourné, Myrielle tendit la main et fit apparaître un mur de flamme entre le démon et Mathieu. Voilà de quoi la fatiguer pour un bon moment car elle portait toujours le collier de contrôle (miaou, ça lui rappelait toujours les colliers des chats). Mathieu ne prit pas le temps de la remercier, il attrapa au sol son pistolet à seringue anesthésiante et sauta par dessus les flammes pour tirer. Touché, coulé, le gros taureau était KO. « Vilain démon zéro, Myrielle un. Victoire sans appel. » Myrielle avait le sourire jusqu’aux oreilles, elle était assez contente d’elle. Il n’y avait plus qu’à téléporter la bête et ce serait bon. « Bravo Princesse, bon timing. » Mais lui n’avait pas de quoi être fier, il ne fit aucun commentaire. Plus le temps passait, plus sa mission principale devenait difficile. Il était chargé de protéger Myrielle, de veiller sur elle au péril de sa vie et de tout lui enseigner sur ses pouvoirs mais ça se révélait plus ardu que ce qu’il avait imaginé au premier abord. Le potentiel magique de Myrielle ne cessait de croître et bien qu’il contrôlât l’eau, il se demandait s’il serait capable d’éteindre l’incendie… Celui qu’elle pouvait provoquer physiquement autant que celui qu’elle entraînait sur ses sens. Si jamais Quartz ou Khardan apprenait ce qu’il avait dans la tête par moment… Il en prendrait pour son grade. Le jeune homme préférait ne pas y penser mais s’il devait être honnête avec lui-même, il devait bien admettre qu’il perdait en concentration depuis quelques jours. C’était un problème de plus à régler.
    La Tour prit en charge le démon et les deux agents retrouvèrent le calme de leur appartement. Mathieu et Myrielle se partageaient les tâches ménagères. Mathieu faisait la vaisselle et la poussière, Myrielle s’occupait de la cuisine et du linge. Leur quotidien semblait ne devoir jamais changer et la démone ignorait toujours les sentiments de son coéquipier à son égard. Bien que démone, son innocence était sans commune mesure. Elle voyait naïvement en Mathieu le grand frère attentionné qu’elle n’avait jamais eu. Ces quatre mois avaient été calmes et elle n’avait plus jamais eu l’occasion d’approcher Khardan en privé comme lors de l’arrivée d’Emeric dans leurs vies. Ce dernier avait ses entrées à la Tour pour venir voir Mathieu et Myrielle dont il était devenu le protégé. Si les premières semaines avaient été difficiles, maintenant Emeric s’entendait bien avec ses parents adoptifs. Il parlait souvent à Myrielle de ce qu’il ressentait vis-à-vis de sa situation et en lui, la rouquine se voyait elle au même âge… Sauf qu’elle n’avait jamais su la raison de son adoption alors qu’Emeric si. Il ne se rebellait pas, il semblait comprendre la situation. Khardan lui avait promis que quand il serait adulte, il pourrait postuler pour travailler aux portails inter dimensionnels et qu’ainsi il pourrait retourner sur Terre de temps en temps. Le petit s’inquiétait pour ses parents qui devaient le croire mort mais pour ce point-ci, il n’y avait rien qui puisse être fait. Le sacrifice d’un seul pour le bonheur du groupe… Un concept aussi difficile à appréhender pour Myrielle que pour son jeune ami. Cependant, c’était la loi, on ne pouvait pas lutter contre.

    « Tu crois qu’on m’autoriserait à mener une enquête sur mes parents ? » Demanda-t-elle un matin à Mathieu pendant qu’ils prenaient leur café quotidien accompagné de pancakes bien gras et sucré. Elle fixait de ses prunelles rouges son compagnon qui l’observa quelques instants sans rien dire. Il s’était demandé quand elle lui poserait la question, il aurait crût que ça arriverait bien avant. Myrielle n’avait jamais connu ses parents biologiques, elle était trop jeune quand ils avaient disparus de sa vie, présumés morts. Selon Mathieu, pragmatique par nature, il n’y avait aucune chance pour qu’elle retrouve ses parents vivants. S’ils avaient survécu à l’attaque de l’ange, ils seraient revenus chercher leur fille. De plus, les lieux étaient couverts du sang de ces deux démons, les labos l’avaient identifiés. Lorsqu’on lui avait confié Myrielle, il avait eu accès à son dossier personnel et il avait déjà lu tout ce qui pouvait se trouver dans la Tour. Les recherches de son amie seraient sûrement vaines, néanmoins, comment les lui refuser ? Elle lui avait confié un jour qu’elle n’avait même jamais vu une photo de sa mère. Elle était venue à la Tour pour en apprendre plus sur elle-même, et Mathieu savait mieux que personne que pour savoir où on va, il faut savoir d’où l’on vient. « Je pense, il faudra demander à Khardan. » Idée qui ne réjouissait pas Mathieu. Depuis qu’il avait pris conscience qu’il se rapprochait dangereusement de la ligne rouge, il évitait sciemment son supérieur. Contrairement à ce qu’imaginait Myrielle, Khardan ne lisait pas dans les pensées. En revanche, c’était quelqu’un de très intuitif qui se trompait rarement dans ses analyses. Mathieu ne tenait pas à être découvert car alors on lui retirerait la mission. Il ne savait pas pourquoi sa colocataire avait une telle importance pour Quartz et son second, mais il était persuadé d’une chose, la colère d’un Inya, ça devait faire très mal.
    Comme il restait un bon petit soldat et un ami sincère, il céda aux supplications de Myrielle qui voulait qu’il l’accompagne. Elle n’osait pas l’avouer mais en réalité, elle avait simplement peur de Chiya.
    Au fil des mois, les deux jeunes femmes s’étaient souvent croisées et Myrielle avait cherché à en savoir plus sur elle. Elle s’était lamentablement fait jeté à chaque tentative, le contraire eût été étonnant. Chiya était froide et dure. Mathieu la connaissait mal mais en tant qu’agent gradé, il savait tout ce qu’elle avait enduré. Peut-être qu’entendre cette histoire ferait du bien à cette écervelée de Myrielle, peut-être que ça la rendrait affreusement triste aussi. Elle avait une petite tendance éponge à sentiment, raison pour laquelle il ne lui avait rien dit de son passé. Ils parlaient souvent d’eux, mais Mathieu éludait la plupart des questions de Myrielle au sujet de la période difficile de sa vie. On ne devenait pas agent par plaisir (à moins d’aimer la violence ?), on ne possédait pas un pouvoir comme le sien par hasard non plus. Un jour, il lui dirait, pour l’instant ils n’avaient pas besoin de devenir plus proches qu’ils n’étaient.

    Alors que l’ascenseur les emmenaient tous les deux jusqu’au plus haut niveau de la Tour, celui où se trouvait le bureau de Khardan et celui de Quartz, un lourd silence s’installa entre les deux coéquipiers. Chacun préoccupé par ses propres problèmes, ils ne trouvèrent rien à dire jusqu’à se sentir gênés. La pourtant bavarde Myrielle n’arrivait pas à sortir un son. Son cœur commençait à s’emballer. Elle allait revoir Khardan et Quartz ! Bien que les raisons diffèrent pour chacun des deux hommes, ils étaient le sujet d’une grande admiration de la part de la jeune fille. Ils étaient puissants et mystérieux… et comme un papillon attiré par les flammes, Myrielle brûlait du désir d’en apprendre toujours plus à leur sujet. Seul la peur de voir Chiya la retenait d’aller frapper régulièrement à leur porte pour en apprendre plus. Le garde du corps des deux gradés laissait une impression très mitigée à la rouquine, c’était en parti dû à leur première rencontre musclée, mais aussi sûrement à la rigidité qui se dégageait de la jeune femme. Si Myrielle devait avoir un parfait opposé, ce serait Chiya, et comme souvent à 18 ans, ce n’était pas notre héroïne qui était prête à faire des concessions, persuadée qu’elle était que Chiya n’aimait personne et elle encore moins !
    Enfin arrivé à destination, la vision de la jeune femme à son poste, droite et fière comme Artaban, ne permirent pas à Myrielle de changer d’opinion, l’accueil qu’elle leur réserva non plus.
    « Mathieu… Myrielle… c’est pour quoi ? Merci, bonjour à toi aussi pensa la plus jeune des trois agents présents non sans ironie. Elle s’abstint cependant de répondre, préférant en laisser le soin à Mathieu qui souriait déjà à la brunette, pas dérangé pour un sou par tant de froideur. C’était vraiment une qualité indéniable d’être aussi imperturbable…
    Nous souhaitons avoir une entrevue avec Khardan, on nous a dit qu’il était ici.
    Quelle est votre requête ? Mathieu jeta un coup d’œil à Myrielle avant de revenir à son interlocutrice.
    Myrielle veut avoir accès à des dossiers classés la concernant, il nous faut une autorisation signée pour qu’elle les consulte.
    Je vais voir s’il peut vous recevoir. » Et sans ajouter un mot de plus (le superflu ne semblait pas être sa tasse de thé), elle entra dans l’appartement de Quartz.
    Chiya revint quelques minutes plus tard. Elle semblait nerveuse ce qui ne fut pas sans étonner Myrielle. Elle n'avait pas l'habitude de voir l'ange ainsi. Cette dernière avait pâli et elle remettait presque toutes les secondes ses mèches derrière ses oreilles. Étrange… D'autant plus qu'elle ne reprit pas la parole tout de suite, laissant un blanc dérangeant entre eux. Mathieu se dit que Chiya avait sûrement appris la valeur – déroutante – de Myrielle aux yeux de leurs supérieurs.
    Quand elle était entrée dans les appartements de Quartz, elle avait du penser que la requête serait refusée, cela aurait été le cas pour un autre agent. Au lieu de ça, l'Inya avait regardé Khardan avant de lui donner l'ordre de s'en occuper avec le plus de tact possible. Chiya n'avait pas encore eut le temps de penser à ce que ce mot de tact pouvait sous-entendre mais il avait été prononcé sur un tel ton de connivence que cela avait aiguisé la curiosité de leur garde du corps (pourtant moins vivace que celle de Myrielle). Qui pouvait être la jeune démone ? Pourquoi les grands pontes de la Tour se préoccupaient-ils à ce point d'elle ?
    Elle n'eut pas le temps de répondre à ces questions, Khardan et Quartz lui intimèrent l'ordre de s'en aller. Chiya sortit, l'autorisation en main. Les deux coéquipiers, munis du précieux sésame, se dirigèrent vers la bibliothèque des archives. Myrielle était surexcitée. Elle allait enfin en savoir plus sur elle ! Sur ses parents ! Sur sa naissance ! Elle ne tenait plus !
    Ils passèrent un bon quart d'heure à chercher les archives de l'année de naissance de Myrielle. Une fois devant, Khardan apparut comme par magie. La rouquine se laissa dire que ce n'était sûrement pas un hasard. Leur patron les surveillait…
    Il fallut compter quelques minutes supplémentaires pour trouver le dossier que Mathieu avait lui-même consulté quelques mois plus tôt. Comme il l'avait prédit, celui-ci ne contenait aucun détail. À quelques éléments près, on pouvait même dire que tout ce qui y était inscrit était déjà connu de Myrielle… Cependant, quelque chose aiguisa la curiosité de la démone dans la description de sa mère biologique. Il était écrit noir sur blanc que cette femme, Aliel de son prénom, avait encore de la famille à ce jour… Hors, lorsque Myrielle avait été offerte à l'adoption, aucun de ces membres fantômes d'une famille tout aussi ectoplasmique ne s'était manifesté. Pire, si l'adoption avait été possible c'est qu'ils l'avaient approuvée ! Pourquoi ? Hum… Encore une question sans réponse, une de celles que Myrielle aurait posé si quelque chose n'était pas venu la distraire : une photographie. Elle n'avait jamais pu voir ses vrais parents, pas depuis un âge dont elle ne gardait aucun souvenir en tout cas. Contempler cet homme et cette femme qui souriaient devant l'objectif avait quelque chose de fascinant. Elle garda la photo entre ses doigts d'un air hébété qui ne la mettait pas vraiment en valeur. « Ce sont mes parents... » murmura-t-elle avant de se concentrer sur les détails de l'image. À trop rester dans les vieux dossiers de la Tour, elle était jaunie, comme si les couleurs s'étaient affadies. Myrielle en déduisit qu'elle datait d'avant sa naissance. Le décor en arrière plan lui était familier, c'était celui du Pays de l'Été avec son soleil artificiel lumineux, son océan de verdure et ses eaux limpides. Autant dire que les enfers d'Emeraudia avait tout du paradis et Myrielle s'y était souvent rendu pour les vacances.
    Aliel avait le teint plus pâle encore que Myrielle, ses yeux étaient rouges et ses cheveux, de la même couleur sanguine, étaient longs et légèrement bouclés quand ceux de sa fille tombaient raides sur ses épaules. L'homme à ses côtés, Rowan, était plutôt basané mais possédait les mêmes caractéristiques des démons de feu que sa femme. Il était grand et massif mais son sourire était lumineux. Il tenait amoureusement Aliel par la taille. Ces deux-là n'avaient pas une tête à se faire assassiner… Pour peu qu'on puisse avoir une tête à ce genre de choses. Myrielle se dit aussi qu'ils n'avaient pas non plus une tête à être ses parents. Elle ne savait pas ce qu'elle avait imaginé mais sûrement pas ce couple modèle. Ce qui correspondait le plus à l'idée qu'elle s'était faite d'eux c'est qu'elle leur ressemblait physiquement, surtout à sa mère. Elle se comparait à la photo, regrettant de ne pas avoir de miroir sous la main. C'est alors qu'elle ressentit une légère pression sur son épaule. Khardan avait observé toute la scène, il avait même mis plus de zèle que nécessaire lorsqu'il détaillait les expressions de la jeune fille. L'une d'elle l'avait alarmé, c'est pour cette raison qu'il interrompit la jeune fille, d'abord du geste, puis de la parole. « Mademoiselle Symphonie, cela va peut-être suffir pour aujourd'hui. »
    C'était un ordre. Déguisé, certes, mais c'en était un. Khardan ne pouvait pas laisser Myrielle percer les secrets de cette photo. Mathieu, contrairement à sa partenaire, saisit rapidement toutes les subtilités de cette intervention. Lui manquait les raisons mais tant que son patron daignait s'éloigner de la rougissante Myrielle, tout lui convenait, y compris ne pas comprendre. Mathieu n'était pas, et de loin, aussi curieux que sa coéquipière.
    Cette dernière était assez frustrée de la tournure prise par les événements. À force de se comparer à ses parents biologiques, elle était certaine d'avoir frôlé quelque chose d'important… sans l'atteindre. Dès qu'elle avait senti la main de Khardan, elle avait oublié son prémice d'idée. Et elle ne risquait pas d'y revenir, on lui avait repris le dossier et la photo avant qu'elle ait le temps de dire ouf ! Elle s'en ouvrit à Mathieu dès qu'ils furent seuls. Renvoyés chez eux soi-disant pour se reposer.
    « Je ne comprends pas ! Pourquoi est-ce qu'il nous a demandé d'arrêter ! Je n'ai rien appris ! Je n'ai même pas eu accès aux dossiers du laboratoire !
    -Qui sait, lui répondit Mathieu, ce n'est pas la seule bizarrerie de l'agence quand ça te concerne.
    - Hein ?
    - Écoute… tu ne t'es jamais dit que tout ceci était… inhabituel ? Qu'on te donne un garde du corps, qu'on ne sache presque rien de tes origines et, surtout, que Khardan te couve comme il le fait ?
    - Et bien… je ne sais pas… ça ne se passe pas comme ça pour les autres ?
    - Non. Pas du tout. Moi, tu vois, à ta place, j'endormirai leur méfiance si je voulais apprendre quelque chose d'eux.
    - Comment ça ? Arrête de parler par énigme, c'est fatiguant à la longue !!!
    - Simple ma jeune demoiselle, tu vas faire comme si tu ne t'intéressais plus du tout à ton passé, à Quartz ou même à Khardan. C'est ainsi qu'on pourra faire se relâcher leur vigilance.
    - Tu penses vraiment qu'ils ont quelque chose à cacher ? Demanda presque timidement Myrielle, peu sûre d'elle et de ce que lui disait Mathieu.
    - J'en suis même absolument certain. »
    La discussion se poursuivit et comme malgré tout le sensé du plan de Mathieu, Myrielle avait du mal à se faire une raison, ils décidèrent de commencer par une étude en règle des papiers d'adoption de la jeune fille quand ils iraient voir ses parents. Par un hasard pas si hasardeux que ça, ils allaient bientôt là-bas à l'occasion de l'anniversaire de Myrielle. Mathieu était de la partie parce qu'on lui en avait donné l'ordre… oui, bizarre, c'est exactement ce qu'il pensait chaque jour un peu plus. Et encore, il ne racontait pas tout ce qui se tramait derrière son dos à sa partenaire. Il le ferait uniquement si cela s'avérait nécessaire et dans tous les cas après cette fameuse fête d'anniversaire.


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